«Par la parole, on touche.Par le toucher, on parle» Kyran Vyas

« Le corps, nous dit David Ciussi , contient le secret de la matière, le mouvement créateur et l’immatérialité.  Dans notre corps, il y a donc de l’intelligence, de l’énergie et de la sagesse qui nous façonnent à chaque seconde.

Posséder un corps, c’est être détenteur d’un cadeau inestimable qui permet la relation avec le Tout. C’est notre lieu de naissance et de renaissance, un lieu d’apprentissage, d’expérience, de transformation et de connaissance où s’incorpore notre conscience d’Être. »

Dans le massage, une relation s’installe, le « Toucher » devient psychique et nécessite une présence,  réelle ou imaginaire. Le toucher se base sur la relation et doit se construire sainement. L’autre est respecté dans ses limites corporelles et dans sa dimension sacrée.

La relation n’est pas liée à l’intensité du toucher mais la notion de toucher se densifie, se modifie et la notion d’environnement est cruciale.

Par exemple, lorsque la main touche le bras, nous avons la vision qu’elle se pose sur le bras et sensation d’un “contact” entre les 2. Lorsque nous fermons les yeux, et que la mémoire ou pensée à propos du corps se tait, l’image n’est plus, le contour du corps s’évanouit et il ne reste que sensation physique pure  sans localisation précise. Nous voyons donc que le corps n’a de matérialité qu’avec l’image que nous en avons. Il y a sensation ou vision et également conscience de cette expérience. Expérience et Conscience sont UN dans le massage.

« Par le toucher, nous faisons l’expérience de la délimitation de notre organisme, nous “vivons” notre forme corporelle extérieure […] Par le contact, nous dépassons consciemment la limite visible de notre corps, alors que par le toucher nous restions à la périphérie de la peau. Par le contact, nous incluons dans notre conscience l’espace  environnant. C’est ainsi que nous pouvons avoir un contact réel, sans le toucher, avec les êtres humains, les animaux, les plantes et les objets, à travers leur “frontière” extérieure. Élargissant ainsi nos possibilités d’expérience, nous parvenons à une relation  plus vivante avec les êtres et les choses. » Gerda Alexander[1]

Le monde dualiste « esprit/matière » stoppe pour s’unifier et fait place à une entité unique mais biface, l’Esprit / Matière.

Le massage est un art corporel dans la mesure où il laisse s’exprimer l’intelligence corporelle.

Nous pouvons donc laisser s’exprimer un état d’être profond, et dans le massage intuitif, l’état artistique se fait par création conjointe entre le sujet et le masseur.

Dans la gestalt-thérapie, on dit d’ailleurs : « Le contact, c’est l’expérience ; c’est l’expérience du fonctionnement de cette frontière entre l’organisme et l’environnement. C’est la conscience de ce champ qui est le nôtre, et en même temps, c’est la réponse motrice que l’on opère dans le champ, c’est la prise de conscience de la nouveauté assimilable et le comportement que nous dirigeons vers elle. »

La prise de conscience elle-même procure la guérison, idée d’ailleurs bien souvent retrouvée dans d’autres thérapies comme les fleurs de Bach. Le mouvement relie le sentiment à l’image et rend visible l’esprit. Grâce à lui, le corps héberge le spirituel, s’inscrit dans l’agir et dans l’enchantement.

Nous sommes dans  la relation de la Vie à la Vie. L’océan de vie se rétrécit à une dimension, à une création et quand la Vie ou la personne entre en relation directe avec la Vie ou une autre personne sans passer par sa personnalité, il y a une relation vivante, la substance universelle de base de toute réalité, de tous les phénomènes existentiels.

C’est l’entrée dans l’océan de l’Amour véritable après lequel l’homme court en passant d’ordinaire au travers de croyances et des filtres du mental.

Tout est possible «à un cœur qui sait écouter »

La relation n’est plus seulement de soi au monde comme avec les autres sens, mais de soi à soi, au-delà de la proprioception même : « La dimension du Sensible (…) naît d’un contact direct, intime et conscient d’un sujet avec son corps. Nous inscrivons la perception au sensible dans un rapport à certaines manifestations vivantes de l’intériorité corporelle. La perception du sensible est dans la relation de soi à soi. » (Bois)

Le corps sensible devient, en lui-même, un lieu d’articulation entre perception et pensée, au sens où l’expérience dévoile une signification qui peut être saisie en temps réel et intégrée ensuite aux situations cognitives existantes, dans une éventuelle transformation.

 

[1]Le Corps retrouvé par l’Eutonie, Tchou, 1981.

 

aurélie jur Écrit par :

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